Je suis très content car je rêve depuis quelques années d’aller marcher dans l’Aubrac dont on m’a dit grand bien et enfin quelqu’un accepte de m’y accompagner et en plus j’ai la chance que ce quelqu’un soit mon amie Hélène-Laure. Après avoir quelque peu hésité Hélène-Laure et moi sur la façon d’y aller, nous avons opté pour le train de nuit pour Rodez plutôt que le train de jour pour le Puy. Ce qui a entre autres pour avantage de nous laisser une journée entière pour travailler à Paris. Je rentre donc chez moi vers 19h et je fais mes préparatifs. Je n’oublie pas de préparer une demi bouteille de champagne, quelques verres et quelques biscuits pour fêter dans le train l’anniversaire d’Hélène-Laure qui se trouve être aujourd’hui. J’ai un peu plus de mal à trouver quelqu’un dans l’immeuble qui accepte de feuilleter pour moi le guide Gault et Millau pour repérer quelques bonnes tables dans la région que nous allons sillonner. C’est finalement ma voisine Nathalie qui accepte de le faire mais comme elle ne sait pas comment est répertorié le guide, on perd un peu de temps à le lire ensemble. Nathalie me quitte vers 22h passées et il ne faut plus que je tarde car le train est à 22h58 à la gare d’austerlitz. Le temps de préparer quelques ultimes détails et je ne sors de chez moi qu’à 22h20.
Petit à petit la marge que je m’étais promise de prendre ce grignote notamment au coin de la rue où je perd un temps précieux à faire fonctionner le distributeur de billets de LCL et puis la borne de taxi de la Muette ne répond pas ce qui m’oblige à y aller à pied et là je m’y retrouve vraiment en retard en montant dans un taxi à 22h45 pour un train à 22h58 cela va être très juste. Heureusement cela roule bien et nous sommes en vue de la gare d’Austerlitz à 22h53. j’ai appelé Hélène-laure sur son téléphone mobile qui vient gentiment m’attendre dans la cour des départs mais qui m’apprend qu’en fait le train est à 22h56. Cela va donc être très difficile de l’avoir. Nous courons au travers du hall de la gare et devant les quais pour aller jusqu’à l’autre bout au quai 20 juste à temps pour voir les feux de l’arrière du train s’éloigner au bout du quai. Hélène-Laure est à juste titre furieuse et s’en prend aux employés de la SNCF qu’elle avait sensibilisé à mon arrivée tout proche en leur demandant de faire patienter un peu le train et pourtant il est parti à 22h57. Ils répondent qu’ils ne pouvaient pas faire mieux et que les trains doivent partir à l’heure. Je m’interpose en plaidant entièrement coupable pour mon incapacité maladive à être en avance. Ce qui m’amène systématiquement à mettre sous pression les personnes qui comme hélène-Laure m’attendent et de temps en temps nous met dans la panade comme ce soir. Je me sens vraiment honteux tandis que j’admire la déception froide d’Hélène-Laure qui parvient à ne pas m’agonir d’injures tout en n’en pensant pas moins. Tout de suite je pense à prendre l’avion Paris Rodez à la première heure demain matin et je propose de payer les billets pour tenter de me faire pardonner. J’appelle avec mon téléphone mobile le service club Fréquence Plus d’Air France pour réserver des places mais j’apprend que j’ai été rétrogradé en catégorie de carte de fidélité et que je n’ai plus accès à ce service. Je parviens tout de même à apprendre que l’avion part à 8h35 d’Orly et qu’il y a encore de la place. Nous allons au guichet SNCF pour nous faire rembourser nos billets. Mais le préposé nous annonce qu’ils ne sont pas remboursables après le départ et que nous n’avons droit à rien.
Je propose à hélène-Laure de boire la bouteille de champagne en l’honneur de son anniversaire mais elle n’a pas le cœur à cela. Nous décidons donc de rentrer chez elle pour y dormir tous les deux afin de partir ensemble à l’aube pour l’aéroport. Nous traversons donc la Seine pour aller gare de Lyon prendre le métro pour chez Hélène-Laure. Mais gare de Lyon hélène-Laure réalise qu’elle n’a pas les clés de chez elle et nous hélons donc un taxi qui nous conduit rue Vital chez moi.
Là Hélène-Laure est encore trop tendue pour accepter de boire le champagne et n’accepte qu’un verre de Perrier. Nous nous couchons assez rapidemment car le réveil sera matinal et il est déjà 0h30.
Mon réveil sonne à 5h45 ce qui me laisse le temps de prendre une douche et de me raser avant qu’Hélène-Laure à son tour ne se douche. Nous petit déjeunons, manque de chance je n’ai presque plus de pain au congélateur et j’offre mes deux dernières tartines à hélène-Laure tandis que je prend des céréales. Je suis content car manifestement Hélène-Laure est plus détendue qu’hier soir et la journée s’annonce bonne. A 6h30 nous appelons un taxi à la Muette qui cette fois ci vient tout de suite et qui nous emmène rapidement à Orly. Il n’y a même pas d’embouteillages donc nous y sommes bien en avance vers 7h15.
Au comptoir Air France une hôtesse veut bien nous vendre deux billets pour Rodez mais comme je demande une réduction comme handicapé elle me réclame obstinément le numéro de ma carte d’invalidité que sa procédure impose d’entrer dans son ordinateur. Comme je n’ai pas ma carte avec moi je dois ouvrir mon ordinateur et m’énerver un peu pour lui faire se contenter du numéro qui est inscrit dans mon ordinateur et qui ne prouve pas formellement que je suis administrativement aveugle. Nous allons à la buvette voisine pour prendre une salade de fruits et un pain au chocolat en guise de complément de petit déjeuner. Puis nous nous dirigeons vers l’embarquement qui est au sous-sol avec la sortie sur la piste où un bus nous emmène jusqu’à un Canadeir regional Jet avec des rangées de deux fois deux sièges. Nous avons un voyage tranquille jusqu’à Rodez hormis la peine qu’Hélène-Laure a au moment de l’atterrissage avec son unique oreille valide qui lui fait mal.
Une fois à Rodez nous récupérons immédiatement nos bagages qui nous attendent déjà dans l’aérogare et nous allons au comptoir Hertz où nous récupérons une voiture que j’avais d’abord réservé à la gare mais qu’un coup de fil depuis le taxi de tout à l’heure a permis de changer en une réservation pour l’aéroport.
Nous avons atterri à 9h30 et nous voilà à 9h45 dans la voiture et à moins de dix heures dans la campagne aveyronnaise. Rodez ne doit pas être une grande ville car on est tout de suite au milieu des champs et nous nous dirigeons vers Conques où nous avons prévu de faire notre première étape. Le temps est passablement nuageux mais avec des éclaircies de soleil très agréables et dès la descente de l’avion on a respiré un petit air de vacances avec ces arômes végétales et les chants des oiseaux.
Après une grande demi heure de voiture nous arrivons à Conques où nous garons la voiture pour faire un petit tour dans ce village qui semble un peu figé dans le temps. En effet c’est un tout petit village très pittoresque avec que des maisons anciennes aux toits de lause très pentus dont certains descendent presque jusqu’au sol et avec les paysans qui vaquent à leurs travaux des champs qui ne semblent pas déranger par tout le passage que drainent le chemin de Compostelle qui pour ceux qui sont partis du Puy il y a quelques jours passe par Conques. On voit d’ailleurs plusieurs marcheurs équipés de bâtons et de sac à dos. Certains ont l’air de vrais pèlerins partis depuis plusieurs jours et d’autres sont manifestement comme nous avec une voiture ou un car de tourisme qui les attendent non loin de là.
Nous visitons l’église romane qui est charmante avec une nef de taille moyenne mais aux volumes sobres à gros piliers et au charme austère. Une des entrées dans la nef est orné d’un tympan célèbre avec plus de cents personnages qui sont sculptés pour représenter l’enfer et le paradis de part et d’autre de jésus. Il y a deux groupes de touristes qui stationnent devant et écoutent longuement les explications de leur guide. Nous déambulons dans les rues du village et nous glissons dans quelques ruelles qui mènent à des arrière-cours hors du temps. Les maisons sont en général faites avec une pierre rouge. Nous faisons aussi quelques pas sur le GR65 par où arrivent les pèlerins de Saint Jacques. Puis nous reprenons notre voiture pour aller dans le sens inverse du pèlerinage. Nous roulons sur des petites routes inusitées à travers des sous-bois et forets, Hélène-Laure a surpris un chevreuil sur le bord de la route. Je me laisse bercer par le ronronnement de la voiture et m’assoupit un peu pour terminer la nuit qui fût courte.
Nous arrivons à Entraygues où j’achète des piles dans une superette encore ouverte et puis nous nous installons dans un café restaurant pour déjeuner. La patronne nous propose de nous asseoir dans la salle de restaurant qui est au fond mais il y a déjà beaucoup de monde et Hélène-Laure demande à rester dans la première salle qui est plus calme et plus typique. Je commande une salade aveyronnaise qui est délicieuse avec pleins de lardons tièdes.
Nous faisons quelques pas dans la ville avant de remonter en voiture et de continuer notre route. Nous roulons sur une route qui longe la vallée du Lot et qui est très jolie avec des pentes plus ou moins escarpées de part et d’autre. En amont d’un barrage le paysage change sensiblement pour devenir plus plat.
Nous arrivons à Estaing autre petite bourgade sensiblement plus grande que Conques et qui semble être plus vivante et moins figé dans son passé tout en gardant beaucoup de charme. Nous marchons dans des rues pavées et bordées de maisons anciennes. Ici les maisons sont plutôt dans une pierre jaune. Nous entrons dans l’enceinte du château construit parait-il au début du 16ème siècle. Mais l’employée à l’accueil nous explique qu’il n’est pas possible en ce moment d’avoir une visite du château car c’est l’heure d’un rendez vous de chantier pour les travaux de rénovation en cours et nous supposons que le guide potentiel pour les visites est à la fois gérant et ou propriétaire du lieu. Nous visitons ensuite l’église romane qui elle aussi est très jolie avec des formes plus carrées et plus classiques que celle de Conques. Puis nous remontons dans notre voiture pour aller jusqu’à l’étape suivante conseillée par nos guides touristiques.
Il s’agit de la petite ville d’Espalion qui est encore un peu plus grande que les bourgades précédentes et qui elle, est beaucoup plus moderne avec une circulation automobile abondante, de nombreux magasins et des maisons modernes. Nous rentrons dans plusieurs boutiques où j’aimerai pouvoir acheter des écouteurs pour mon baladeur mais nous ne trouvons cela nulle part. Cela nous permet tout de même de visiter la ville et de déambuler dans ses rues dont certaines commerçantes sont piétonnes.
A la limite de la ville nous arrivons à une colline au sommet de laquelle se trouve une ruine de château fort. Nous allons jusque là dans l’espoir de le visiter mais en fait un groupe de jeunes enfants vient d’en terminer la visite et le guide qui vient d’animer leur visite et de leur faire les démonstrations d’arbalètes et autres armes moyenâgeuses, est encore dans son déguisement et nous explique qu’il n’y aura pas d’autres visite guidée pour aujourd’hui. Nous renonçons donc à prendre des tickets d’entrée et redescendons dans la ville pour reprendre notre voiture.
Nous arrivons à Laguiole où nous sentons déjà que nous sommes plus en altitude avec un vent plus vif et plus frais. La rue principale est bordée de boutiques qui comme il se doit vendent des couteaux et presque exclusivement des couteaux. Cela fait bizarre de voir ainsi toute l’économie d’une petite ville sacrifier à un produit unique. Alors bien sûr on voit toutes sortes de couteaux, de toutes tailles et avec tous les manches possibles. Nous entrons dans une première boutique qui se veut plutôt de luxe avec une vendeuse plutôt obséquieuse qui nous explique les différences entre les types de manche. Puis on va en face dans une autre boutique au décor beaucoup plus moderne et où on a plutôt l’impression d’être dans une bijouterie que chez un marchand de couteaux. Hélène-Laure hésite à en acheter trois pour faire des cadeaux. La vendeuse nous explique que seuls les couteaux qui sont entièrement fabriqués à Laguiole ont droit à l’appellation contrôlée que l’on peut distinguer gravée sur la lame. Et en plus il y a le logo de l’usine située à la sortie du village et qui emploie une centaine de personnes pour fondre les lames des couteaux, n’apparaît que sur les couteaux dont la lame a été fabriquée dans cette usine. Ainsi il peut y avoir des couteaux assemblés ici mais avec des lames fabriquées ailleurs qui n’auront alors que l’appellation contrôlée et pas le logo de l’usine avec un petit couteau cassé. Hélène-Laure se donne un temps de réflexion avant d’acheter ses couteaux car il s’agit de prix non négligeables qui s’étalent entre 50 et 100€.
Nous allons aussi dans une boutique de souvenirs à l’effigie de Michel Bras pour repérer les objets que l’on nous suggère d’acheter et pour demander notre chemin pour aller jusqu’à l’hôtel restaurant de Michel Bras. Nous faisons le tour de la boutique qui est sur deux étages avec notamment une cave à vin au sous-sol mais nous ne repérons rien de particulièrement tentant si ce n’est des couteaux en chocolat qui pourraient plaire à des neveux et autres amis si nous parvenons à les rapporter entiers jusqu’à Paris. Hélène-Laure en achète trois.
En suivant les indications de la caissière nous reprenons la voiture et faisons 7 kilomètres en direction d’Aubrac avant d’arriver à l’hôtel restaurant de Michel Bras qui est situé au sommet d’une colline dans des bâtiments très modernes qui frappent de loin. Dès le parking on peut admirer une vue magnifique sur les monts environnants et un décor très simple et très moderne avec des dalles de granit et quelques massifs de plantes, disposés un peu dans l’esprit des jardins André Citroën à Paris mais tout à fait inattendus dans un coin paumé de l’Aubrac.
On rentre à l’intérieur de ce temple de la gastronomie par un tambour tournant étroit où j’ai peur de rester coincé. Ensuite l’accueil est tout à fait affable. Je suis très content car cela n’a pas été facile de réserver une chambre et une table pour le dîner et il a fallu que je m’y prenne à plusieurs reprises, depuis une semaine. Mon copain Hugues qui s’est vanté de pouvoir faire une réservation avec sa carte super gold s’est vu répondre comme moi les premières fois que tout était complet jusqu’au mois de juillet. Et ce n’est qu’hier Jeudi que de la place s’est libéré et que nous avons même pu choisir entre Vendredi soir ou Samedi midi. Du coup pour ne pas avoir l’air d’être celui qui avait déjà insisté plusieurs fois j’ai pris la réservation au nom de Hélène-Laure. On nous conduit à la chambre 4 à laquelle on accède en descendant quelques marches et en ressortant du bâtiment par l’opposé du parking et en pénétrant dans les chambres par des couloirs qui donnent sur une allée pavée également de granit avec des chants de fontaines qui coulent à coté. La chambre est vaste avec deux lits côte à côte que j’ai demandé par téléphone à voir séparés. Il y a une vue magnifique par une grande baie vitrée et tout le décor est toujours très moderne. La salle de bains est séparée de la chambre par une cloison de verre qui ne monte pas jusqu’en haut et qui n’est pas totalement teinte. Dans la salle de bains il y a baignoire et douche séparées. Hélène-Laure en profite pour prendre un bon bain chaud pendant que j’installe mes petites affaires et que je parviens à faire fonctionner la connection Wifi pour charger mes courriels. Nous goûtons la limonade au sureau qui nous est offerte dans le réfrigérateur. Puis vers 20h nous remontons à la réception et après avoir décliné la proposition d’un apéritif au salon, on nous conduit à la salle à manger qui est dans une autre aile du bâtiment et.
Il y a un couloir qui dessert différentes entrées qui permettent d’entrer dans la salle à manger au plus près de sa table sans avoir à passer au milieu des autres convives. Il y a deux rangées de tables qui font face à une longue baie vitrée. Les tables pour deux sont au second rang tandis que les tablées plus nombreuses sont au bord de la baie vitrée. Ces tables sont séparées par des draps tendus comme des voiles qui masquent à moitié les tables les unes des autres. Les tables voisines des nôtres sont d’abord vides puis de remplissent peu à peu. Avec notamment une famille mixte blancs et noirs et surtout une table qu’Hélène-Laure me décrit par des périphrases assez longues et compliquées pour dire sans le dire que ce sont manifestement des nouveaux riches et elle termine par l’expression « des personnes sans background » qui restera objet de plaisanteries entre nous pendant le reste du week-end. Il y a aussi un jeune couple qui fête un anniversaire et qui sera très silencieux et morne pendant tout le dîner. Les tables sont espacées et le décor est toujours très simple et moderne avec un plafond haut et des poutrelles métalliques apparentes. On nous a assis à une table ronde avec un dessous matelassé et des fauteuils de style moderne avec des pieds galbés mais recouverts d’un skaï qui me semble quelconque. La table est décorée de fleurs des champs très simples qui sont soupoudrée d’une sorte de sucre glace qui doit contribuer à les rendre odorantes.
C’est là que les choses sérieuses commencent on nous propose une carte des vins énorme épaisse comme un dictionnaire qu’Hélène-Laure ne pourra jamais me lire et une carte des plats qui comporte deux menus et une carte très alléchante. Nous nous laissons tenter tous les deux par le menu Découverte et Dégustation et après discussion avec le maître d’hôtel je choisis deux demi bouteilles de vin blanc puis rouge.
D’emblée un garçon nous explique que les deux grandes galettes qui trônent au milieu de la table logées dans un galet sont des Galettes au pain d’épices et au thym que l’on rompt pour goûter et qui dégagent un parfum délicieux. Il y a aussi une baguette faite par le boulanger de la maison qui est non moins bonne et du beurre demi sel pour accompagner.
En amuse bouche on nous propose une assiette avec trois petites cuillères chacun soit une Cuillère de Dorade cuite au sel et au citron et avec du radis, une Cuillère de boulbour à l’huile d’olive et une Cuillère de boudin au poivre et à l’oignon doux. Nous sommes déjà dans l’ambiance du feu d’artifice aromatique avec une délicatesse extrême pour chacun de ces composants qui s’équilibrent merveilleusement. C’est probablement la cuillère de dorade que j’ai préféré car c’est original et les textures sont variées.
Le premier vin que l’on nous sert est un Jurançon sec Charles Ours 2003 qui est puissant avec des arômes florales, bon mais presque trop fort pour les plats que l’on nous sert.
Puis on commence le repas par un chef d’œuvre c'est-à-dire une des spécialités de Michel Bras le Gargouillis de jeunes légumes, graines et herbes avec une huile de graine de sésame. Nous nous lançons dans le jeu de la devinette pour tacher d’identifier les plus de 30 légumes et herbes qui composent ce qui partout ailleurs pourrait n’être qu’une salade de légumes cuits. Nous reconnaissons navet, poireau, carotte, betterave, celeri rave, olive noire, chou, radis, oignon, salade cuite, épinard, cerfeuil, pois cassé, lentille de Saint Flour, soja germé, graine de tournesol, asperge, celeri branche, fenouil, ciboulette, anette, persil, violette. Le maître d’hôtel nous aide pour certains ingrédients et doit même aller demander des renseignements en cuisine pour certains autres. J’admire Hélène-Laure qui en a reconnu beaucoup et notamment beaucoup plus que moi. Je suis content que nous nous soyons lancés dans le jeu de la devinette car cela a aiguisé d’autant le plaisir de chaque bouchée, car je pense que certains clients qui n’y prennent garde doivent manger cela vite fait comme une entrée banale.
Ensuite on nous propose un Turbot poché et poêlé et oignon doux, qui est tout à fait parfait. Je crois n’avoir jamais dégusté un turbot aussi tendre et souple avec un goût des plus fins.
Puis c’est le tour du Foie gras poêlé de canard avec radis de Pâques, cresson, oseille, cerfeuil musqué et la touche d’orange c'est-à-dire poudre d’orange et sucre de betterave. Le foie gras est aussi parfaitement ferme et délicat sans être ni gras ni insipide comme cela peut souvent l’être.
Nous attaquons la seconde demi bouteille avec un Graillot Croz Ermitage 2003 qui est extrèmement aromatique avec un nez animal et sous bois très puissant et une bouche très longue magnifique.
En guise d’entremet on nous sert un plat baptisé Truffe et truffo l’une du nord et l’une du sud qui consiste en une sorte de spaghettis de pomme de terre qui enroule une glace à la truffe qui accompagne un jus de truffe. Ce qui est un peu décevant c’est que la truffe n’est que suggérée et qu’en fait il n’y en a pas même si l’arôme est bien délicieusement présente. La trouvaille c’est l’idée de la pomme de terre qui est crue et découpée comme un spaghetti. Nous avons le temps de nous demander ce que cela peut bien être. Malheureusement une serveuse nous dit ce que c’est un peu vite à mon goût car j’aurai aimé continuer à tacher de deviner même s’il est probable que je n’aurai pas trouvé.
Nous passons ensuite à la Poitrine de pigeon rôti sur os confit d’orange et livèche, le jus et les pois mange tout. La viande du pigeonneau est particulièrement charnue mais je ne suis pas impressionné par les saveurs de ce plat. En parallèle on nous sert un aligot sorte de purée de pomme de terre liée comme une fondue avec de la tomme d’Aubrac. Le maître d’hôtel sert cela de façon très impressionnante en étirant avec sa fourchette les filaments de purée jusqu’à pratiquement 80cm au dessus de l’assiette. En bouche c’est agréable car plein de crème fraîche et de fromage mais on ne peut pas dire que ce soit particulièrement fin.
Ensuite on nous propose un Plateau de fromages de l’Aveyron et d’à coté où je choisis une Fourme de Saint Flour, une part de Roquefort du vieux berger, un morceau de Cocassou, et un peu d’une Fourme d’Ambert affinée que me recommande à juste titre le garçon.
Nous passons après cela aux desserts avec pour commencer le Biscuit tiède à la mandarine coulant crème glacée à la cardamome verte et trois émincés de menthe poivrée. Je trouve cela absolument prodigieux avec en particulier le coulant à la mandarine qui sent un parfum délicieux de mandarine mêlée à la menthe. Hélène-laure est plus réservée sur ce dessert.
Ensuite c’est le tour du « Tout est olive » avec une Nougatine aux olives, en forme de cône emballe au dessus une crème à l’huile d’olive et au dessous pulpe de figue noire. Cela donne un mélange très délicat et on ne se lasse pas d’aller de l’un à l’autre des éléments. En parallèle dans une petite coupelle on nous a servi un Chaud froid de textures avec un sabayon à l’orange, une glace au citron et des graines de sarrasin. Ce qui donne un mélange des trois textures glacé, solide et crémeux très intéressant.
Pour terminer on nous apporte dans une coupelle des Bille de Glace dont nous tachons de deviner le parfum. Nous parions pour de la poire et du petit marron pour les deux premières alors qu’à notre grande surprise il s’agit de pomme et de carotte et il n’y a que la troisième dont nous devinons le parfum qui est à la betterave. Pour accompagner ces billes de glace il y a des grands biscuits genre Mikado aux amandes et à l’anis.
Puis le festin se termine et on nous conduit au salon qui est lui aussi est très moderne et dépouillé avec des fauteuils autour de quelques tables basses, l’ambiance n’y est pas du tout chaleureuse comme on pourrait s’y attendre pour un après dîner de luxe. Ici j’ai plutôt l’impression de pénétrer dans la salle de ping-pong de l’hôtel avec la résonance de la salle où il n’y a ni tapis ni rien sur les murs. On nous y sert un thé d’Aubrac fait d’herbes récoltées dans les monts avoisinants avec un gobelet de Lait de fraise et un autre de lait d’ananas. Il y a aussi des canards sucres imbibés d’alcool de prune et des biscuits au riz soufflé et camute.
Avant d’aller nous coucher nous décidons de faire quelques pas dehors pour digérer un peu. Mais en sortant Hélène-Laure se coince le poignet dans la porte à tambour et du coup l’hôtesse de l’accueil se précipite avec un sachet de glace pilée. Manifestement ils ont régulièrement des soucis avec cette porte tournante et d’ailleurs ils nous expliquent qu’il est prévu de la changer. En tout cas d’une façon générale on peut noter que le personnel est extrêmement prévenant et stylé tout en étant simple et naturel. Ils contribuent à mettre une ambiance chaleureuse et agréable. Nous faisons tout de même quelques pas dehors Hélène-Laure avec son paquet de glace autour du poignet. En fait nous n’y restons pas longtemps et nous contentons de faire un aller retour jusqu’au parking car le vent souffle fort et frais dans ce pays d’altitude et isolé.
Nous repassons donc prudemment la porte tournante pour regagner notre chambre. Là Hélène-Laure se couche rapidement tandis que je m’installe à mon ordinateur pour pianoter un peu en attendant d’avoir entamé la digestion pour me coucher. Puis je passe un bon moment à changer de prise électrique pour mes appareils à recharger car celle où ils sont branchés est commandée par l’interrupteur de la chambre et puis j’égare mes écouteurs de walkman que je mets aussi longtemps à retrouver. Enfin je me couche vers 2h du matin heureux de cette soirée exceptionnelle.
Nous nous réveillons vers 10h, après avoir eu un sommeil un peu lourd et agité en ce qui me concerne. Après une excellente douche aux jets multiples nous montons petit déjeuner dans une salle qui est située un peu plus loin que la salle à manger. Une hôtesse nous y accompagne et une de ses collègues nous court après pour nous demander comment va le poignet d’Hélène-Laure cela s’avère être l’hôtesse qui lui a procuré de la glace hier soir. Ils sont décidément très prévenants. Il y a toujours le très gentil maître d’hôtel qui nous a servi hier soir et qui est encore de service ce matin. Pour le petit déjeuner on n’a que le choix de la boisson et on nous sert un panier de viennoiseries et des morceaux de baguettes fraîches avec des confitures et du beurre ainsi qu’un yoghourt avec une marmelade de fraises et un petit pot de caillé. Je commande un chocolat chaud qui est très bon mais très riche.
Nous repassons emballer nos affaires dans la chambre et puis passons à la réception pour payer et dire au revoir. On regagne notre voiture sur le parking, aujourd’hui il fait bien meilleur qu’hier avec un beau soleil qui brille.
Nous continuons la route en direction d’Aubrac où nous arrivons dans un tout petit village charmant. Il y a quelques maisons battues par les vents car nous sommes plutôt au sommet des monts et le paysage est plutôt désolé et balayé par les vents. A la terrasse d’un café il y a une femme qui me hèle et qui s’avère être une ancienne collègue Annie d’IBM qui fait un bout du chemin de Saint Jacques avec une de ses copines Solange. Nous échangeons quelques paroles et nous souhaitons bonne marche. Nous allons à la Maison d’Aubrac qui fait café et syndicat d’initiative où une femme nous renseigne sur les promenades à pied que l’on peut faire dans le coin. Elle nous suggère une boucle qui consiste à descendre jusqu’au village de Saint Chély d’Aubrac et à remonter par un autre coté. Le tour fait environ 15km et elle nous recommande de commencer par le chemin de Saint Jacques c'est-à-dire le GR65 qui est assez raide et caillouteux avec un dénivellé de 500m pour 8km de chemin alors que le chemin de retour sera parait il sur le GR6 moins raide et donc moins difficile à remonter surtout en fin de journée. Comme il est déjà 13h passées nous hésitons à entreprendre une si longue ballade et à tout hasard nous mettons dans un sac à dos le minimum d’affaires nécessaire pour passer la nuit en bas à Saint Chély si nous n’avons plus le courage ou plus le temps de remonter. Hélène-laure qui se fit à son instinct refuse d’acheter à la Maison d’Aubrac une carte plus détaillée du coin et nous partons plein d’enthousiasme. Nous ne nous arrêtons pas pour déjeuner ayant encore le ventre plein du petit déjeuner et des agapes d’hier soir.
Nous nous retrouvons assez vite dans un sentier effectivement assez difficile et pentu avec certains passages franchement caillouteux mais nous développons une technique assez au point grâce aux bâtons de randonnée qu’Hélène-Laure a apporté avec elle. Elle en utilise un pour l’aider dans sa marche, tandis qu’elle tient l’autre horizontalement pour me guider derrière elle et moi de même je tiens l’autre bout de ce bâton d’une main et ma canne blanche de l’autre main pour me guider dans les passages pierreux. Les paysages sont très beaux avec des pâturages verts et très fleuris. Cela a beau être le chemin de Saint Jacques il n’y a pratiquement personne et nous nous faisons doubler seulement par un groupe avec d’abord trois hommes qui sont suivis un peu plus en arrière par leurs femmes. Nous marchons ainsi pendant trois petites heures presque tout le temps sur un sentier avec juste un petit passage sur une route goudronnée au niveau d’un hameau que nous traversons.
Puis vers 16h nous arrivons à Saint Chély d’Aubrac qui est manifestement un peu plus grand qu’Aubrac. Nous nous installons à une terrasse d’un café pour nous reposer et boire un verre au soleil. Cette marche m’a fait beaucoup de bien et je suis partant pour recommencer et remonter cet après-midi. J’ai envie de terminer de complètement digérer notre festin d’hier soir et d’avoir une bonne fatigue pour bien dormir ce soir. Hélène-Laure est plus réservée car la descente l’a fatiguée et elle hésite à entreprendre la montée. Nous en parlons et je laisse ouverte la possibilité de rester dormir sur place tout en exprimant et expliquant ma préférence pour une remontée aujourd’hui. L’idée qui décide Hélène-laure à repartir c’est la perspective d’une plaquette de chocolat que l’on va acheter dans la boutique du village ainsi qu’un morceau de couronne briochée.
Nous repartons donc en ressortant du village à l’opposé de là où nous sommes arrivés en suivant les indications de la serveuse du café. Au bout de quelques centaines de mètres nous demandons notre chemin à un agriculteur qui nous dit que nous nous sommes trompés et que pour prendre le GR6 nous devrions redescendre au village jusqu’au cimetière et au pont qui enjambe la rivière. Mais que pour remonter à Aubrac nous pouvons également traverser ses champs, traverser la rivière sur un petit pont de bois et rejoindre un sentier qui grimpe le long de la rivière à travers bois. C’est ce que nous choisissons de faire et nous nous retrouvons ainsi à marcher plus ou moins en sous bois en longeant la rivière qui n’est encore qu’un torrent avec de nombreux petits affluents qui viennent deci delà l’alimenter et qu’il nous faut traverser avec plus ou moins de facilité. D’autant moins facilement que les explications verbales d’Hélène-Laure sont parfois confuses ou dislexiques et je met régulièrement le pied dans une eau, heureusement peu profonde pour mes grosses chaussures de marche, plutôt que sur le caillou que nous visions. Mais peu à peu nous développons une technique de guidage qui consiste à pointer en non verbal avec ma canne blanche l’emplacement ou le caillou vers lequel je dois sauter et hop tout va bien.
Nous marchons ainsi pendant plusieurs heures en faisant quelques pauses pour boire ou pour grignoter du chocolat et de la brioche. Nous ne rencontrons strictement personne, pas même d’ailleurs une trace de GR6. Ce qui finit par inquiéter un peu Hélène-laure qui regrette un peu de ne pas avoir pris de carte détaillée. Mais à défaut d’avoir un bon sens de l’orientation elle a un excellent instinct et nous finissons par retrouver une route goudronnée à l’endroit d’un croisement de deux routes. Nous hésitons sur laquelle suivre et les occupants d’une voiture qui passe par là nous confirme que celle où ils se trouvent mène bien à Aubrac tandis que l’autre mène on ne sait où. Hélène-laure est tentée de suivre cette route secondaire pour rejoindre un hypothétique sentier et éviter ainsi d’avoir à suivre une route goudronnée mais il est déjà 18h et il est plus raisonnable de suivre la route jusqu’à Aubrac. Nous tachons tout de même de marcher dans l’herbe sur le bas coté pour garder le contact avec la nature. Plus nous nous rapprochons du sommet du mont et du soir plus la température et le vent se rafraîchissent. Je me couvre bien car en portant le sac à dos j’ai pas mal transpiré dans le dos et c’est un truc à attraper froid.
Nous arrivons vers 19h à Aubrac bien fourbus et nous sommes contents de nous arrêter. Nous allons demander une chambre à un premier endroit qui fait brocante et chambre d’hotes mais ils sont complets du coup nous allons à l’hôtel Restaurant de la Domerie 12470 Aubrac téléphone 0565442842 voisin où il reste une seule chambre mais avec un grand lit. Nous prenons une bonne douche avant de descendre dîner. L’eau chaude me fait tellement de bien pour me réchauffer que je laisse couler uniquement l’eau chaude qui est pourtant bouillante.
Nous nous retrouvons ensuite attablés dans le restaurant de l’hôtel où on nous sert un menu avec une soupe au jambon de pays très bonne bien que pas très chaude puis une tête de veau ravigotte délicieuse et ensuite je prend du fromage de Laguiole et nous commandons des profiterolles maison très bonnes elles aussi en guise de dessert avant de terminer par une tisane. Puis nous remontons dans notre petite chambre 29 où Hélène-laure ne tarde pas à se coucher tandis que je préfère encore digérer un peu en pianotant sur mon ordinateur avant de me coucher. J’ouvre un peu la fenêtre avant de me mettre au lit qui est déjà bien chaud grâce à hélène-Laure. Au milieu de la nuit elle se lève pour fermer la fenêtre car bien que nous soyons fin avril il fait encore jusqu’à -3° la nuit ici à 1300m d’altitude.
Nous nous réveillons vers 9h et après une douche descendons petit déjeuner. Nous prenons du thé, du pain et des confitures et Hélène-Laure consulte un livre sur la flore de la région qui lui confirme le nom des plantes et fleurs qu’elle m’a nommé tout au long de notre ballade d’hier. Je l’admire car elle reconnaît de nombreuses plantes et sait les nommer comme elle sait reconnaître les traces d’animaux.
Après avoir récupéré nos affaires dans la chambre nous descendons payer au patron bourru mais sympathique le prix de notre nuit et du dîner. Puis nous retournons à la Maison d’Aubrac pour redemander des conseils sur notre ballade du jour. La dame d’hier nous suggère une promenade différente qu’elle nous promet comme étant la plus belle du coin qui consiste à aller jusqu’au point culminant des monts Aubrac. Hélène-Laure prend cette fois ci une carte et achète également deux tranches de jambon.
Nous prenons donc la voiture sur quelques kilomètres où après avoir traversé une partie non goudronnée nous retrouvons une route goudronnée qui parait-il traverse tous les monts d’Aubrac. Nous laissons la voiture sur le bord de la route et commençons à marcher d’abord au travers des champs qui longent la route jusqu’à une croix puis nous suivons plus ou moins les indications d’une randonnée en nous éloignant de la route toujours au travers des pâturages. Régulièrement d’ailleurs il nous faut franchir des clôtures qui délimitent les enclos. Pour l’instant il n’y a pas encore d’animaux car la transhumance ne commence traditionnellement qu’à partir du 25 mai. Mais au loin nous apercevons un paysan et son chien qui doit être en train de vérifier ses clôtures et éventuellement de les réparer. Régulièrement il nous faut aussi traverser des flaques d’eau qui commencent à être courantes avant d’aller dévaler les pentes à la recherche d’un torrent. Hélène-Laure me fait remarquer à un moment que je suis tendu et en effet je ne suis pas encore réveillé, toujours dans un esprit négatif, ni en confiance ni dans l’abandon de mes soucis du moment. J’entreprend donc de me détendre notamment en chantonnant. Nous marchons sur plusieurs plaques de neige qui subsistent grâce aux vents froids malgré la saison avancée. A part les quelques bouquets d’arbres qu’il y avait non loin de la route il n’y a aucun arbre ou arbuste et le paysage est tout à fait désolé à perte de vue. Il n’y a que des monts qui se succèdent les uns après les autres.
Nous en traversons plusieurs en tachant de viser celui qui doit porter le point culminant. Nous finissons par y arriver plus grâce à l’instinct d’Hélène-Laure que grâce aux indications de randonnée qui sont pratiquement inexistantes. Au sommet nous trouvons une table d’orientation que nous avait indiqué la dame de la maison d’Aubrac. On a une vue magnifique à 360° ce qu’Hélène-Laure apprécie particulièrement. Le temps est très beau malgré une légère brume de beau temps et un vent assez puissant et frais. Nous voyons au loin devant les Cévennes et derrière nous le mont Cantal enneigé. Nous sommes vraiment au milieu de nulle part et on ne verra personne de toute la ballade. On s’installe sur quelques rochers pour grignoter et boire. Là je suis vraiment détendu et loin de tout.
On redescend tranquillement en ressautant de pierre en pierre sur les cours d’eau et en ré-escaladant les clôtures jusqu’à la route que nous suivons pour retrouver notre voiture. De temps à autre il y a une rare voiture qui passe par ici mais c’est vraiment paumé.
Nous reprenons la route et décidons d’aller visiter quelques villages du coté de la vallée du Lot.
Nous arrivons dans le bourg de Saint Côme d’Olt qui a une vieille ville toute petite et tout à fait charmante. Ceinte de remparts elle renferme des maisons anciennes dont nous faisons le tour en déambulant dans les ruelles. Nous admirons l’église dont le clocher est particulier avec sa forme en vrille qui se voit de loin. Puis nous allons dans une petite chapelle au plafond en bois en forme de coque de navire où se trouve une exposition sur les clochers d’église. Nous allons aussi dans un gîte d’étape du chemin de Saint Jacques où nous visitons un ou deux dortoirs dans les étages d’une vieille maison de pierre et de bois.
A l’extérieur de la vieille ville les maisons ne sont pas moins anciennes et moins jolies et on y fait aussi tout un tour. Puis nous reprenons la voiture pour traverser quelques autres bourgades avant de retourner à Saint Chély d’Aubrac où nous avons décidé de dormir.
Hélène-laure a envie d’aller respirer l’ambiance du chemin de Compostelle et de se frotter à quelques pèlerins aussi une fois à Saint chely après avoir pris un pastis à la terrasse du café au soleil, nous allons au gîte municipal pour y réserver deux lits que nous payons d’avance 13€chacun.
Puis nous ressortons pour nous balader un peu dans le village et pour repérer un endroit pour dîner. Nous passons à l’église du village qui est ouverte mais il n’y a pas de messe prévue ni ce soir ni demain. Il y a un homme à la sortie de l’église qui nous indique le panneau des horaires de messe et qui nous explique qu’ayant un peu mal au genou il va marquer demain l’étape ici pour laisser son genou se reposer. Hélène-laure se rappelle avoir vu un autre gîte à la sortie du village. Nous marchons jusque là et demandons s’il est possible de dîner. Mais le jeune homme qui se tient à la sortie nous explique que le dîner n’est servi qu’à ceux qui dorment au gîte et de plus ils ont les quantités de cuisine tout juste pour vingt personnes c'est-à-dire le nombre de leurs pensionnaires.
Nous redescendons donc au village, penauds et terminons notre ballade au café hôtel restaurant où nous avions déjà pris des apéritifs. Dans la salle à manger il y a peu de clients et nous nous installons à une table. Nous commandons une soupe et puis une tourte au Cantal et aux poireaux avant de terminer par du fromage et une tisane. Hélène-laure engage la conversation avec notre voisin qui est seul à sa table et qui fait un bout du chemin de Compostelle depuis le Puy jusqu’à Lectoure. C’est un homme charmant à la retraite.
Puis nous retournons au gîte municipal. Nous sortons nos affaires restées dans la voiture et les montons dans la salle commune qui est en haut d’un escalier extérieur d’une vingtaine de marches ; Nous restons un moment dans la salle commune où brûle un beau feu dans une vaste cheminée ; Il y a quelques pèlerins qui sont là au calme qui à lire, qui à écrire et qui à deviser ; C’est un moment très paisible et chaleureux. Hélène-laure est contente de pouvoir aider une femme qui sort de sa chambre pour solliciter à la cantonade de l’aspirine. Nous nous préparons à dormir en dehors de notre chambrée car notre voisin de chambre y dort déjà. Je reste un bon moment seul dans la salle commune à pianoter sur mon ordinateur où j’ai entrepris de raconter ce séjour. Il y a une femme qui revient s’installer non loin de moi devant le feu. Puis lorsqu’elle repart et me dit bonsoir je réalise qu’il s’agit d’Hélène-laure. Peu de temps après il est déjà presque minuit alors je vais aussi à mon tour me coucher. Dans la chambre endormie je branche mon ordinateur à la prise murale à la tête du lit pour qu’il se recharge et je me couche silencieusement malgré la porte du couloir qui grince à chaque fois qu’on l’ouvre par exemple pour aller aux toilettes.
Mais je ne parviens pas à m’endormir avant 2h du matin ou plutôt je suis très nerveux et je m’endors plusieurs fois quelques minutes pour être réveillé par le premier bruit : ronflement du voisin ou mobylette qui passe dans la rue. Je suis pourtant fatigué et j’aimerai bien dormir mais même après avoir écouté une face de cassette de Mange clou je n’y parviens pas. Je sombre donc dans le vrai sommeil vers 2h15.
Pour être réveillé par notre voisin qui se prépare à partir vers 6h30. Heureusement après son départ vers 7h je me rendors jusqu’à 9h30 où Hélène-Laure se réveille, ce qui finalement me fait une pas trop mauvaise nuit. Après une bonne douche où j’emprunte la serviette des lavabos pour me sécher, nous sortons pour petit déjeuner.
Nous nous arrêtons au snack voisin qui est tenu par un belge très sympa qui nous sert du thé avec des tartines à profusion et plein de confitures délicieuses faites par sa femme. En parallèle il sert quatre petits vieux attablés à l’autre bout de la salle qui carburent déjà à 10h30 au vin blanc.
Nous avons décidé de refaire une ballade à pied aujourd’hui et comme Hélène-Laure semble garder une frustration d’avoir raté l’autre jour le GR6 je propose que nous le fassions aujourd’hui. Au début je me disais que c’était dommage de ne pas aller visiter un autre coin de la région mais réflexion faite je réalise que ce que je préfère c’est marcher et que de toute façon en tant qu’aveugle peu m’importe que je marche au même endroit que la veille ou non. Nous faisons donc le plein d’eau et attaquons le GR6 cette fois ci en empruntant le pont du village et en attaquant l’ascension du mont non loin du cimetière. Le GR est relativement bien tracé et nous avons en plus un prospectus qui détaille le parcours dans le sens Aubrac Saint Chély qu’il suffit de lire à rebours. Là encore il nous faut régulièrement franchir des cours d’eau en sautant de pierre en pierre. Au début c’est passablement raide et caillouteux un peu comme avant-hier mais il y a ensuite toute une partie très agréable qui traverse une forêt. Le Sentier est souvent bordé de murets de pierres qui ont dû être un énorme boulot à construire. Nous supposons qu’il s’agit des pierres qui étaient dans les champs voisins et qui ont été accumulées en murets pour rendre le champ cultivable. Au début comme hier je suis tendu et pris dans un esprit négatif et ronchon et puis progressivement je chantonne et parviens à me détendre pour finir par apprécier ce moment de nature et d’amitié.
Nous traversons ensuite une ferme puis le hameau des Enfruts. Contrairement aux deux jours précédents ce sentier est plus fréquenté soit parce que c’est le 1er mai soit parce qu’il est plus connu. En tout cas nous croisons régulièrement des marcheurs. Le sentier est effectivement globalement moins raide mais plus long que celui du GR65 d’avant-hier. Malheureusement peu après la moitié de la ballade je réalise que la semelle de ma chaussure gauche baille. Mes bonnes chaussures de marche qui séchaient dans mon placard depuis plusieurs années n’ont pas apprécié leur inactivité et l’une d’elles s’est décollée. Hélène-Laure tente différentes réparations de fortune pour attacher la semelle au reste de la chaussure mais cela ne fonctionne pas bien et on se résout à continuer tandis que je m’efforce de bien lever le pied et d’éviter de racler ma semelle pour qu’elle ne s’arrache pas plus. Cela ralentit quelque peu notre rythme qui justement était plutôt soutenu lorsque je me suis rendu compte du problème, Hélène-laure était partie à fond dans un terrain facile et je devais m’appliquer pour soutenir son rythme.
Puis on suit une ancienne voie romaine dont on devine encore les vestiges du pavement. La dernière partie du parcours est un peu délicate car il nous faut traverser plusieurs fois d’affilée des cours d’eau et des clôtures et avec ma semelle bâillante le risque est plus grand de marcher dans l’eau. On doit même traverser un petit pont de bois pourri que je traverse en m’aidant des bâtons d’Hélène-Laure à tout petits pas prudents. Il y a aussi tout un tronçon que je fais tout seul avec les batons d’Hélène-laure sur lesquels je m’appuie et où je parviens à peu près à suivre l’axe du chemin. Nous finissons par arriver à Aubrac vers 16h après plus de quatre heures de marche. Nous nous installons à la terrasse du café restaurant chez Germaine où nous commandons une menthe à l’eau et une part de tarte aux fruits ainsi qu’une brioche couronne.
Il y a beaucoup plus de monde que la veille et le village grouille de promeneurs et de voitures qui viennent y stationner. Nous admirons entre autres une Bentley qui quitte la chambre d’hotes de luxe qui s’appelle la maison himalayenne. Après nous être un peu reposés et restaurés je propose à Hélène-laure de redescendre à Saint chély en auto-stop à cause de ma chaussure cassée tandis qu’elle pourrait redescendre à pied. Mais il se fait tard et elle préfère redescendre aussi en auto-stop. Nous nous mettons donc sur la place du village au début de la route qui part vers Saint Chely et interpellons plusieurs voitures en leur demandant de nous emmener. Nous essuyons plusieurs refus avant qu’un couple en Ford coupé ne s’arrête pour nous demander son chemin et qu’Hélène-laure en profite pour leur expliquer que leur destination passe justement par Saint Chely. Ils acceptent de nous emmener et nous grimpons à l’arrière du coupé. Ils nous déposent à Saint Chely où nous récupérons notre voiture après un ultime tour dans le village.
Nous reprenons la voiture et décidons d’aller porter nos pas du coté de la Lozère. Nous remontons donc le cours du chemin de Compostelle.
Nous nous arrêtons quelques instants dans la petite ville de Nasbinal. Où nous visitons l’église et faisons quelques pas autour.
Nous nous arrêtons aussi à un carrefour où il y a une toute petite chapelle au milieu du carrefour qui est ouverte et où manifestement les pèlerins s’arrêtent pour souffler et éventuellement pour prier. Ces versants des monts d’Aubrac doivent être mieux abrités du vent car ils sont encore plus fleuris que ceux d’hier.
Puis on arrive à Aumont-Aubrac qui est une plus grande ville que les petits villages que nous avons vu jusqu’à présent. Nous garons la voiture sur la place principale et faisons un petit tour pour repérer la ville et notamment où se trouvent les hôtels. Nous demandons une chambre dans un premier hôtel mais il n’y a plus que des chambres avec grand lit. Nous allons un peu plus loin et tombons sur un hôtel en rénovation qui lui a encore une chambre avec deux lits qui en plus donne sur le jardin. Il y a une baignoire ancienne où je fais couler un bain pour Hélène-laure. Pendant qu’elle prend un bain je téléphone à l’un des restaurants que j’avais repéré dans le Gault et Millau avec ma voisine Nathalie avant de partir de Paris et qui m’a motivé pour faire étape ici ce soir. Je redoute qu’ils soient fermés ce soir 1er mai mais en fait le premier est ouvert et j’y réserve une table.
On y va vers 20h. Il s’agit de l’hôtel restaurant Prouheze en Gévaudan avec le restaurant gastronomique de Pierre Rodgé 2 route du Languedoc 48130 Aumont-Aubrac téléphone 0466428007. On hésite à peine entre le restaurant gastronomique et le buffet de l’hôtel et on nous installe à une table du restaurant gastronomique. Malheureusement j’ai encore la tarte aux fruits du goûter à Aubrac dans le ventre et je me contente de commander une papillote de Saint Jacques et foie gras tandis qu’Hélène-laure qui a très faim commande le menu gastronomique. Nous convenons que nous le partagerons notamment au moment du fromage et du dessert qu’Hélène-Laure n’affectionne pas particulièrement. Elle a d’abord une salade de lote et de homard qui est moyenne avec des produits manifestement congelés. Puis nous avons tous les deux ces papillotes de saint Jacques et foie gras qui sont très bonnes avec juste un peu d’oignon, d’orange et de sel et de poivre. C’est à tenter de le refaire chez soi. Ensuite dans le menu il y a un pigeon préparé de trois façons avec la cuisse qui est dans un farci, l’aile qui est avec un concassé de champignons et le gésier avec du poireau et de l’épinard. Je goûte un peu de chaque et trouve cela plutôt bon bien qu’un peu lourd. Ensuite pour le fromage je prends le relais avec un plateau bien garni et je termine avec le dessert qui est fait de trois morceaux de gâteaux différents aux chocolats et au praliné. Nous terminons par une tisane. L’attente a été plutôt longue ce qui fait qu’Hélène-Laure s’est bourré de pain et n’a plus du tout faim et que moi au contraire j’ai eu le temps de digérer le goûter et je suis content d’avoir pu profiter de son menu. Nous quittons le restaurant les derniers vers 23h30 après avoir remercié le chef qui est dans un salon voisin devant une télé après s’être fait remarqué en cuisine où il a poussé une gueulante qui s’est entendu jusque dans la salle à manger, peut-être à propos de nos plats qui avaient manifestement été oubliés.
Nous rentrons à pied à notre hôtel mais y trouvons porte close et nous n’avons pas le code pour entrer. Nous devons téléphoner aux renseignements pour avoir le numéro de l’hôtel puis à l’hôtel où on réveille quelqu’un qui descend nous ouvrir. Il nous explique qu’il y a une affichette dans l’ascenseur qui prévient que l’hôtel est fermé le soir. Nous montons au second dans notre chambre et nous couchons assez rapidement.
Nous nous réveillons vers 9h30. Après une douche dans la baignoire, nous descendons petit déjeuner. Il y a du thé, un croissant et des morceaux de baguette qui nous attendent. Puis nous emballons nos affaires et payons l’hôtel avant de retourner à notre voiture.
Nous ne savons pas encore très bien ce que nous ferons entre maintenant et la gare de Rodez cet après-midi. Hélène-laure aimerait bien encore marcher mais avec ma chaussure cassée je suis en chaussures bateau ce qui rend plus difficile les grandes ballades en sentier caillouteux. Nous roulons tout de même vers le sud en tachant d’éviter l’autoroute au profit des petites routes de campagne. Nous devons à un moment faire demi tour car la route est annoncée comme barrée quelques kilomètres plus loin et Hélène-Laure après avoir vainement tenté de contourner l’obstacle doit se résoudre à repartir en arrière.
Nous nous arrêtons à Sainte Lucie à la réserve des loups de Gévaudan où il y a un parc animalier spécialisé dans les loups. Nous achetons un billet d’entrée et rattrapons une visite guidée qui a déjà commencée avec une jeune femme qui explique comment ils élèvent et entretiennent ici une centaine de loups de différentes origines. Elle milite manifestement pour la conservation de l’espèce des loups et leur repeuplement dans nos montagnes. Elle explique en particulier qu’il y en a actuellement en France moins d’une centaine en liberté tandis qu’ils sont au moins 2000 en Espagne et 500 en Italie pour des cheptels de brebis respectivement de 9 millions, 24 et 21 millions. Mais qu’en France la cohabitation entre loups et éleveurs est beaucoup plus polémique et attisée par les médias.
Ici ils ont deux parcs avec un premier endroit où nous nous trouvons où des loups sont dans des petits enclos grillagés soit isolés pour ceux qui doivent être soignés soit par meute pour la plupart. Puis il y a un second parc de 17 hectares à quelques kilomètres d’ici où les loups sont en semi liberté et où on peut aller les admirer. A chaque enclos elle jette aux loups des graines et des morceaux de viande pour les attirer mais ils sont déjà tellement bien nourris que cela ne les attire pas tellement. Nous visitons aussi rapidement le petit musée qui est aménagé dans un bâtiment et puis reprenons la route.
Il est déjà 13h et nous nous arrêtons dans un petit village pour tacher de déjeuner d’une salade mais le premier restaurant où nous passons ne nous tente pas et le second nous dit que sa cuisine est fermée. Nous continuer à marcher dans le bourg pour visiter un peu et puis retournons à la voiture et reprenons la route. Comme l’heure commence à tourner Hélène-Laure se résigne à prendre l’autoroute pour ne pas risquer d’être en retard à Rodez car il nous reste plus de 70km à parcourir.
Nous y sommes vers 15h et allons à la gare où une employée accepte très gentiment de stocker nos bagages dans un coin d’un bureau.
Nous reprenons la voiture en quête de la station Hertz que nous trouvons au garage Peugeot quelques kilomètres plus loin. Nous n’avons pas pris le temps de faire le plein mais comme l’employée au comptoir Hertz veut bien nous reconduire à la gare mais pas en centre ville nous décidons de profiter de l’heure qui nous reste pour reprendre la voiture, aller faire le plein d’essence et aller faire un tour dans la vieille ville. Sitôt dit, sitôt fait. Nous faisons le plein de gaz-oil et allons dans le quartier de la vieille ville autour de la cathédrale au sommet d’une colline. Comme il n’y a pas de place pour se garer juste à coté nous nous contentons d’en faire le tour en voiture pour ne pas perdre trop de temps et nous redescendons jusqu’au garage Hertz pour rendre définitivement la voiture. En fait nous remontons encore dedans car l’employée l’utilise pour nous raccompagner à la gare.
Comme nous sommes là parfaitement en avance à 16h pour un train à 16h30 Hélne-laure en profite pour aller chez Shopy du coin acheter du pain, du jambon et des fruits pour pique niquer dans le train. Nous récupérons nos bagages et allons nous installer dans un train régional qui nous conduit jusqu’à Brive à 19h. Où nous changeons pour le Théose qui nous conduit à Paris. Les vacances sont presque prolongées d’une nuit avec Hélène-Laure qui a oublié d’appeler sa concierge pour récupérer ses clés mais elle parvient à la joindre au téléphone depuis le train et donc ne viendra pas dormir de nouveau chez moi. Arrivés à Austerlitz nous nous séparons donc et je prends un taxi qui m’amène rue Vital vers minuit.
Pages personnelles de Sylvain NIVARD